Un hiver dur et froid ? Lisez Wohlzarénine de Léo Kennel

Par ou commencer ? (J’osais pas commencer une note de lecture comme ça, en me disant que c’était un peu facile, mais comme Annie Ernaux l’a fait pour son si fort discours du Nobel, je me dis qu’on a le droit) Wohlzarénine de Léo Kennel, publié chez Flatland est un livre déroutant et foisonnant, qui a de quoi laisser le lecteur un peu pantois, pas trop sûr de ce qu’il vient de lire.

Le texte, en deux parties, se présente comme la biographie critique d’un auteur imaginaire, Wohlzarénine, qui serait un des plus grands et plus mystérieux auteur de sa génération (dans un futur proche). Auteur cryptique et torturé, cela va sans dire, doté de moult pseudonyme. Déjà, on pense à Antoine Volodine et cela tombe bien, car comme pour l’œuvre de cet auteur, on peine à ranger ce texte dans un genre. Science-Fiction ? Fantastique ? Non, c’est autre chose. Volodine se réclame du post-exotisme, mais je pense que cela ne veut rien dire, et après tout, peu importe. Tout ce qu’il y a à savoir c’est qu’on est dans une littérature sombre, post-apocalyptique, désabusée et pourtant non dépourvue d’un élan vital. Les morts, d’ailleurs, n’y sont jamais vraiment morts, pas plus que les vivants ne sont parfaitement en vie.

Au fil des pages, on tourne autour de cet auteur fictif, on se prend à essayer de reconstituer son parcours et sa vie sans jamais y parvenir tout à fait. Chaque chapitre est une énigme au travers de laquelle on essaie de dessiner les contours du monde imaginé par Léo Kennel, mais qui nous demeurent flous.

Puis, la deuxième partie nous plonge dans le « grand œuvre » qu’aurait écrit l’insaisissable Wohlzarénine, en reproduisant son livre « Badual Signa », là encore un personnage présenté comme tout à la fois réel et imaginaire. Là encore, l’autrice (la vraie = Léo Kennel), nous balade d’une énigme à une autre, dans une littérature fragmentaire, une littérature-collage, qui saute d’un temps à un autre, d’une scène à la suivante sans lien apparent. Avec pour matrice (je pense en tout cas et peu importe si je me trompe) un amour immense pour les livres. Chaque paragraphe commence lui-même par l’incipit d’autre livre, depuis Borges à Hubert Haddad, en passant bien-sûr par Volodine ou Joseph Kessel. Incipit que l’autrice détourne pour ouvrir à chaque fois la porte d’un autre monde. Il y a du Henri Michaux et de ses voyages fictifs dans ce texte, et bien sûr c’est un compliment !

Wohlzarénine, comme libraire, je ne le mettrais pas dans toutes les mains, ce n’est pas un texte facile, mais c’est un livre qui m’a remué, qui touche à la condition d’être humain, qui interroge sur ce qu’on ferait si on vivait dans l’un de ces mondes. Un livre qui dérange. Faut être prêt.

Antonin

Petite déclaration de conflit d’intérêt tout à fait assumé : Flatland est un superbe éditeur qui a doté ce livre d’une couverture très belle et qui a le bon goût d’avoir publier certaines de mes nouvelles de Science-Fiction dans leurs excellentes anthologie. À chaque fois, j’ai touché quasi 50 euros moins quelques cotisations sociales. Voilà qui, je vous assure, ne suffit pas à me corrompre pour faire ici cette critique élogieuse.

Wohlzarénine – Léo Kennel

EAN : 9782490426263
264 pages
Flatland (26/09/2022)